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Brexit : Le Commonwealth peut-il se substituer économiquement à l’UE ?

Brexit : Le Commonwealth peut-il se substituer économiquement à l’UE ?

Alors que la menace d’une sortie de l’Union européenne (UE) sans accord (« hard Brexit ») plane sur le vieux continent et encore plus sur le Royaume Uni depuis la nomination de Boris Johnson au poste de Premier Ministre, c’est désormais le concept de « Global Britain » [Une Grande-Bretagne mondiale] qui semble emporter l’adhésion des « Brexiters » outre-manche. En effet, l’idée de (re) nouer des liens commerciaux plus étroits avec les 52 États du Commonwealth afin de limiter les conséquences économiques néfastes d’une sortie du marché unique européen prend tout son sens, notamment lorsqu’on se remémore certains des arguments de la campagne pro-Brexit de 2016 : commercer librement avec le monde, s’affranchir des régulations de Bruxelles, restaurer la souveraineté nationale… 

Ce projet – évoqué dès la prise de fonction de Theresa May en janvier 2017 lors du discours de Lancaster House et concrétisé en avril 2018 par une réunion des 53 chefs d’États à Londres – correspond finalement à la logique même du « hard Brexit », dans la mesure où la recherche de nouveaux partenaires économiques de substitution, participe clairement à un processus de rupture « claire et nette » avec l’UE. Dans cette quête, le Commonwealth peut-il faire office de parfait candidat ? 

« Nous voulons que le Royaume Uni devienne le champion le plus impliqué et le plus passionné du libre-échange dans le monde. »

Theresa May

OUI : Parier sur le futur tout en renouant avec le passé 

Voir l’argument du Commonwealth s’imposer aujourd’hui dans le débat public n’est pas étonnant, dans la mesure où celui-ci est fréquemment relayé – depuis le début des années 1990 et l’instauration de l’UE – par des chercheurs ou des eurodéputés du Conservative Party. Cette idée de développer de nouvelles relations entre le Royaume Uni et les pays du Commonwealth traduit effectivement les aspirations « conservatrices » d’une partie de la société britannique. Celles-ci, à mesure que la sortie approche, deviennent de plus en plus perceptibles et semblent manifester la volonté des « Brexiters » de revenir à un Royaume-Uni ex ante UE dont le principal attribut serait la souveraineté. Si beaucoup considèrent qu’il s’agit là d’un lointain souvenir relevant du passé, forme de réminiscence de l’Empire Britannique à son apogée, d’autres en revanche voient dans ce projet l’opportunité de parier sur la croissance de pays émergents tels que l’Inde ou l’Afrique du Sud.

« La volonté des Brexiter (est) de revenir à un Royaume-Uni ex ante UE dont le principal attribut serait sa souveraineté »

  • Un potentiel économique important 

Si le Commonwealth, en tant que région commerciale, ne correspond pas à un bloc homogène, à l’instar de l’UE, il n’en demeure pas moins que les 52 États qui le compose s’inscrivent davantage dans une logique de complémentarité. Le gouvernement britannique, dont l’ambition est de conclure un grand nombre d’accords bilatéraux avec ces pays, semble d’ailleurs avoir bien compris cela. Celui-ci, s’il parvient à nouer de nouvelles relations commerciales avec l’étranger, pourra s’appuyer sur des pays développés comme le Canada et la Nouvelle–Zélande mais aussi sur des économies émergentes comme l’Afrique du Sud et l’Inde dont le taux de croissance économique avoisine aujourd’hui les 6,6%, loin devant la moyenne de 2% des États membres de l’UE. 

En plus de commercer avec des pays dont la croissance économique et deux à trois fois plus rapide que celles des pays de l’UE, le Royaume Uni peut également se voir attribuer un accès direct à ce qui pourrait être le plus grand marché de consommateurs au monde. En effet, le vieux continent avec ses 500 millions de consommateurs fait pâle figure face aux 2,4 milliards de clients potentiels qui composent les pays du Commonwealth. 

  • Une plus grande adaptabilité face aux mutations de l’économie mondiale

Parmi les arguments de campagne en faveur du « leave » les « Brexiters » mettaient particulièrement en avant le caractère contraignant et complexe des régulations imposées par Bruxelles depuis désormais plus de 40 ans. Ils dénonçaient également – slogans à l’appui – le coût engendré par l’UE pour le Royaume Uni. Quitter l’UE, permettrait donc au gouvernement britannique d’avoir « les coudées franches pour s’émanciper d’une Europe qui peine à se remettre en question ». Face à cette absence de dynamisme, les « Brexiters » préfèrent donc parier sur des économies émergentes telles que l’Inde, qui deviennent aujourd’hui de véritables centres de décision économique et politique, parfois même aux dépens des anciennes places financières. 

NON : Des garanties insuffisantes face à la puissance économique européenne

S’il est vrai que les pays du Commonwealth ont l’avantage de partager une certaine unité, notamment historique, en ce qu’ils sont pour la plupart d’anciennes colonies britanniques, ils ne présentent pas pour autant les mêmes garanties que l’UE. Ces garanties d’ordre économique sont multiples et sont le fruit des nombreuses avancées qui ont jalonné la construction européenne depuis 1951 et la création de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). L’Europe est encore aujourd’hui un partenaire commercial majeur pour le Royaume Uni, sans réel équivalent, à tel point que le Financial Times estime que l’île exporte aujourd’hui près de cinq fois plus vers le continent qu’en direction des pays du Commonwealth. Un tel projet semble donc chimérique, tant les avantages de l’UE – pensée dès le départ comme une construction économique – étaient nombreux.

« Un tel projet semble donc chimérique, tant les avantages de l’UE – pensée dès le départ comme une construction économique – étaient nombreux »

  • L’UE fonctionne comme un bloc commercial 

L’intérêt premier et principal de l’UE réside dans sa capacité à former un bloc commercial cohérent. Son marché unique, véritable union douanière entre États membres, qui repose sur quatre libertés fondamentales (libre circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes) fait de cette aire géographique le plus grand espace économique sans barrière du monde, ainsi que le deuxième marché de consommateurs (plus de 500 millions). 

Le Commonwealth quant à lui, ne fonctionne pas comme une seule et même région commerciale. La plupart des pays qui le compose sont hétéroclites (culturellement, politiquement, économiquement…) et surtout éloignés les uns des autres. Même si le Secrétaire d’État au commerce international, Liam Fox, considère que nous vivons désormais dans un monde post-géographique, dans lequel la proximité revêt moins d’importance qu’auparavant, force est de constater que les grands pays du Commonwealth ont préféré tisser des liens commerciaux avec les puissances qui leur sont voisines plutôt qu’avec des pays anglophones parfois situés à l’autre bout du monde. En effet, la réglementation et la politique commerciale du Canada est entièrement orientée vers son voisin américain, alors que dans le même temps l’Australie et la Nouvelle Zélande sont davantage tournés vers la Chine et les autres marchés asiatiques. 

  • Les « grandes » économies du Commonwealth privilégient d’autres marchés

L’accès « privilégié » au marché britannique dont pouvaient bénéficier certains pays du Commonwealth en raison de leur appartenance à la zone sterling apparaît, depuis la décision du Royaume Uni de rejoindre la Communauté Économique européenne (CEE) en 1973, comme vide de sens. Il était difficile à l’époque, pour les membres de l’organisation – ayant adopté le système monétaire britannique, à l’instar de la Nouvelle Zélande – de faire le poids face à la puissance économique naissante que représentait la CEE, et a fortiori en l’absence d’un concept tel que celui de préférence communautaire. 

Dès lors, le déclin commercial semblait être annoncé et les « grandes » économies – sur lesquelles reposaient le Commonwealth – telles que le Canada ou l’Australie ont préféré se tourner vers d’autres marchés. Il en va de même pour l’Inde, pays émergent aux 1,4 milliards d’habitants qui est aujourd’hui l’objet de toutes les convoitises – et notamment de celles des britanniques – mais dont l’économie reste relativement fragile en raison de la politique de protectionnisme qu’elle a menée pendant des années après l’indépendance de 1947. Finalement seul les pays africains – qui avec 19 États membres forment le plus gros contingent de pays au sein de l’organisation – conservent un accès au marché britannique et européen, mais qui reste malgré tout, relatif au regard de la quantité d’échanges entre les deux continents.

Alexandre CAPEL

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