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Retour sur la conférence de Arnaud Montebourg du 20/11/19

Comprendre, confronter, concrétiser

Retour sur la conférence de Arnaud Montebourg du 20/11/19

CREDITS PHOTO @HugoCordier.

Les enjeux de l’industrie européenne face à la guerre économique

Concernant Alstom, la France avait les moyens d’éviter son rachat par General Electric. Mais avant même son rachat, Alstom avait été réduite à son activité ferroviaire. Donc la stratégie de séparer les conglomérats est perdante en France depuis 30 ans. Par ailleurs, quelle peut être la réponse d’une entreprise comme Alstom valant 25 milliards face à GE qui en vaut 250. C’est un rapport de force du type David contre Goliath. 

Mais Alstom n’était pas en difficulté au moment de son rachat, ce qui légitime d’autant moins cette opération financière.  Etant ministre, Arnaud Montebourg avait commandé une étude pour savoir quel partenariat était le plus intéressant pour Alstom. C’est dans ce contexte que Montebourg et Patrick Kron se sont confrontés. Alors que Montebourg proposait une alliance avec les Japonais, le PDG d’Alstom y était opposé et a réglé l’affaire de son côté en vendant l’entreprise à General Electric. Pris de court, Montebourg a demandé un décret permettant de limiter les rachats en France par des entreprises étrangères pour limiter autant que possible ce genre de prises de contrôle d’entreprises françaises par des concurrents étrangers et notamment américains. C’était le premier pas du Ministre de l’Economie d’alors vers un nécessaire réarmement économique de la France qu’il assume comme étant une « vision militaire du problème ». 

Comme dans tout conflit, des moyens d’espionnage ont été mis en place, mais à la différence des conflits armés, ils l’ont été seulement d’un côté : celui des Etats-Unis. Il est intéressant de comprendre le processus d’ingérence mis en place par les Américains : ils ont créé un système d’écoute mondial par le biais de la NSA. En 6 mois, la National Security Agency a regroupé plus de 72 millions d’informations (mails, appels…), rien qu’en France. La NSA a utilisé cet espionnage illégal au service du Department of Justice et pour favoriser le rachat d’entreprises étrangères et en particulier européennes par des entreprises américaines. Ainsi, le gouvernement américain a permis et favorisé les opérations d’ingérence et d’espionnage industriel contre l’industrie française alors même que l’inverse n’est pas vrai. La DGSE se refuse, en effet, de mener quelque action que ce soit qui serait perçue comme de l’ingérence dans les affaires internes aux Etats-Unis car « ce sont nos alliés » … souveraineté étatique et nationale à sens unique. Pis que cela, les dirigeants politiques français se sont rendus coupables de complicité plus ou moins volontaire selon Arnaud Montebourg en ne suivant pas son avis qui était de bloquer les ventes d’entreprises de l’acabit d’Alstom. Ce serait un signe de lâcheté politique qui lui a fait dire qu’« à force de ne plus vouloir être, nous disparaissons ». Mais la nature ayant horreur du vide, notre appareil industriel serait en proie à une « colonisation américaine », en particulier dans le domaine du numérique ajoute-t-il. C’est d’ailleurs là le sens de ce que Régis Debray développe en particulier dans le domaine du numérique ajoute-t-il. C’est d’ailleurs là le sens de ce que Régis Debray développe dans Comment nous sommes devenus Américains ? La solution est donc claire pour Montebourg, il faut une rébellion politique et économique contre l’impérialisme américain. 

Cette rébellion est censée passer par un regain de souveraineté nationale, rien n’étant à attendre de la part d’une UE qui n’a pas les moyens de protéger ses fleurons industriels et son économie. De surcroît, les Etats de l’Union sont divisés et de plus en plus soucieux de conserver leur « pré carré » national à l’exception notable de la France qui est, selon Montebourg, le seul pays qui ne défend pas ses intérêts au nom de l’UE. C’est elle qui se sacrifie sur l’autel du projet européen. En effet, combien comptons-nous de victoires sur les dossiers de négociation ? De plus, l’Europe est divisée entre les fondateurs et même entre fondateurs et anciens pays communistes. Il n’y a donc pas d’UE en vérité. La France devrait faire sans elle pour retrouver sa place internationale de premier plan et privilégier des relations politiques et économiques bilatérales. Ceci lui permettrait de récupérer « ses billes » et d’éviter de reproduire un scénario du type années ’30 avec une montée politique des extrêmes permise par une crise économique profonde et longue entretenue par des mesures d’austérité. 

Mais la difficulté de la période actuelle, c’est que les Etats-Unis ne sont plus désormais l’unique superpuissance, ou du moins ils se trouvent contestés dans leur hégémonie par des puissances concurrentes, en particulier celle de la Chine. L’idée est que la montée d’une puissance remet en cause la puissance existante et jette donc les fondements politiques et économiques d’un conflit. A ce titre, l’ouvrage intitulé « Dans le piège de Thucydide » de Graham Allison est tout à fait instructif. De fait la Chine a déjà entrepris une course à l’armement qui a pour but avoué de contrebalancer la puissance militaire américaine. En outre, la Chine a entrepris une vaste manœuvre d’endettement des économies africaines et européennes notamment pour les faire passer sous sa dépendance. Ceci révèle la stratégie chinoise d’action sur le temps long qui s’oppose à celle très court-termiste des Etats-Unis. Dans cette opposition de plus en plus frontale entre chinois et américains, la France doit, selon Montebourg, trouver sa propre voie et garder en respect et à équidistance les puissances hégémoniques actuelles car « apprenez que la France s’est faite seule et qu’elle se sortira de l’ornière seule ». 

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