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Écologie : De Paris à Bonn, une diplomatie climatique en demi-teinte

Écologie : De Paris à Bonn, une diplomatie climatique en demi-teinte

Crédits photo: https://pour.press/cop21-co-multinationales-lobbies-et-sponsors/

Depuis la COP de Copenhague, les négociations internationales sur le climat sont au point mort. En 2015, à l’initiative de la France, la diplomatie climatique reprend un nouveau souffle, mais ne tarde pourtant pas à montrer ses limites. Alors que la COP24 se tiendra dans les prochains jours, retour sur les trois précédentes.

« Pour limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degrés, il faudrait modifier rapidement, radicalement et de manière inédite tous les aspects de la société ».

400 pages, 40 pays, 6000 études scientifiques, une centaine d’auteurs. C’est sur ce format que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publiait un rapport, le sixième, lundi 8 octobre 2018, qui n’a pas tardé à faire le tour du monde. En cause, les possibilités de dénouement positifs dans la course à la limitation du réchauffement climatique, pourtant si mal partie.

Car si les décideurs, vers qui se tourne principalement le rapport, persistent dans l’application des accords de Paris de 2015, la situation dramatique vers laquelle se dirige la planète pourrait obtenir -au moins- un sursis. Une augmentation de 2 degrés de la température globale aurait des conséquences dévastatrices pour l’environnement (niveau de la mer 10cm supérieur à celui prévu dans le cas d’une augmentation d’1,5 degrés, destruction quasi totale des récifs coralliens, probabilité plus importante de voir l’océan arctique libre de glaces…)

C’est à ce défi qu’essaient de répondre les conférences sur le climat qui se succèdent d’années en années. Souvent marquées par le sceau de l’échec, l’évolution des consciences environnementales invite pourtant à ne pas abdiquer l’espoir face à l’inertie des décideurs, la faiblesse des moyens et les discours aberrants du président de la première puissance mondiale qui a d’ailleurs retiré son pays de l’accord de 2015.

La conférence sur le climat, prévue du 3 au 14 décembre à Katowice, ancien bassin minier en Pologne, est très attendue. Le rapport du GIEC occupera une place centrale dans les débats.

La COP21

Tenue fin 2015, la conférence des parties (COP) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a réuni 195 pays à Paris. En 2014, le GIEC publiait son cinquième rapport prévoyant une hausse des températures de 0,3 à 4,8 degrés pour 2100. Sur ce constat et les objectifs des précédentes COP, les États participants étaient invités à présenter leurs contributions à « l’effort universel ».

L’Union Européenne s’est engagée à réduire de 40% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, et de 80 à 95% d’ici 2050. Les États-Unis, encore présents à l’époque, annonçaient une réduction de 26 à 28% d’ici 2025. De son côté, la Chine prévoyait d’atteindre un pic d’émission de CO2 pour 2030, réduire de 60 à 65% le taux d’émissions de CO2 par unité de PIB et utiliser plus d’énergies non-fossile (pour représenter environ 20% de l’énergie primaire d’ici 2030).

La société civile était aussi présente lors de la COP21 via la Non State Actors Zone for Climate Action, qui a réuni plus de 11 000 engagements destinés aux négociateurs. De cette COP21, sont pris des engagements applicables en 2020 : limiter le réchauffement climatique à 2 degrés et viser la barre des 1,5 degrés, avec l’augmentation du budget du fond vert pour le climat. L’objectif est donc ambitieux puisqu’il va plus loin que ceux instaurés depuis la conférence ratée de Copenhague en 2009 (s’en tenir à une augmentation de 2 degrés).

Réussite diplomatique, la COP reste en deçà des attentes. Selon WWF France, l’addition des prévisions (si les États réalisent leurs engagements) indique que l’on pourrait réduire la trajectoire du réchauffement climatique de 4 à 3 degrés. C’est donc au-dessus des 2 degrés considérés comme point de non-retour par les scientifiques et de l’objectif fixé par l’accord.

De plus, les doutes planant sur le caractère contraignant de l’accord ont suscité le doute. Jean-François Julliard, président de Greenpeace déclarait à RTL en décembre 2015 que « si demain matin, les États qui ont signé ces accords aujourd’hui ont envie de partir dans une toute autre direction personne ne peut les empêcher. » Donald Trump lui donnera raison en juin 2017.

La COP22

La COP22 s’est déroulée à Marrakech en novembre 2016 et a réuni 197 pays. Bien que secouée par l’élection de Donald Trump au moment de la conférence, la fracture a été évitée et tous les États ont réitérés leur engagement à lutter contre le réchauffement climatique. C’était surtout l’occasion pour les pays africains, faibles émetteurs de gaz à effet de serre mais particulièrement touchés par les conséquences du réchauffement climatique, de faire entendre leur voix.

Le mot d’ordre de la conférence était les modalités d’application de l’accord paris, qui trouve dénouement heureux puisque ces modalités ont été avancées de deux ans (décembre 2018). C’est la progression majeure de cette COP22, qui laisse sceptique de nombreux acteurs de la société civile, mais aussi les États africains qui n’ont pas réussi à obtenir plus de financements pour des projets d’adaptation. Comme le signale un article du Monde, « les initiatives mises en avant sont restées encore générales », tandis que les discussions ont été renvoyées à 2017. De plus, certaines interrogations persistent sur la mise à disposition aux pays pauvres du fond vert pour le climat de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020.

La COP23

C’est à Bonn mais sur invitation des îles Fidji qu’en novembre 2017 ce sont réunis les délégués d’environ 200 pays, sans les États-Unis.

Au menu de cette 23 ème conférence :

– L’aspect technique : élaborer les règles d’application de l’accord de Paris normalement prévues pour être signées à la COP24. Car si les ambitions des signataires sont d’endiguer le réchauffement climatique, aucune réglementation concrète n’a été mise en place.

– Relever l’ambition des engagements Étatiques : les signataires savent que les engagements pris à la COP21 ne seront pas tenus. Alors que l’on vise au mieux une augmentation de 1,5 degrés, on ne pourra pas, en l’état actuel des choses, limiter la hausse à 2 degrés. Ce dialogue a donc pour but « d’augmenter l’ambition » d’ici la COP24.

La COP23 semble exacerber une certaine exaspération des acteurs de la société civile, las du manque d’action des autorités publiques. Alors que plus de 10 000 engagements étaient proposés par ces derniers à la COP21, le mécontentement progresse. 10 000 à 25 000 personnes descendirent dans la rue pour exprimer leur mécontentement à Bonn.

Hugo Cordier

Sources :

L’accord obtenu à la COP21 est-il vraiment juridiquement contraignant ?

COP21 : un accord « pas assez contraignant », alerte le président de Greenpeace

A la COP22, les négociateurs échouent à sauver l’agriculture africaine

Fonds vert pour le climat

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