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Environnement: les visages du réchauffement climatique

Environnement: les visages du réchauffement climatique

« À chaque fois que nous émettons des gaz à effet de serre, nous créons une persécution politique à l’encontre des plus vulnérables. Et parce que nous savons pertinemment les effets que cela provoque. Nous nous rendons coupables d’une persécution. » (La Tribune )

François Gemenne directeur exécutif du programme de recherche « Politiques de la Terre » (Sciences Po Medialab)

Face à la multiplication effrénée des catastrophes naturelles et ce même en des zones du monde jusqu’ici restées épargnées, ne peuvent que se constater les conséquences du réchauffement climatique. En témoignent les ravages causés par les ouragans Harvey, Irma, José, Maria d’une ampleur sans précédent à l’automne 2017, lourds de conséquence d’un point de vue économique, matériel et humain.

Les ouragans n’étant pourtant qu’un des multiples symptômes du réchauffement climatique, le mal de notre siècle. À ceux-ci s’ajoute l’incoercible montée des mers délogeant déjà à l’heure actuelle les populations insulaires sud-asiatiques et océaniennes quand a contrario d’autres vastes régions du globe souffrent d’une aridité extrême privant les populations qui y vivent de terres fertiles et d’eau potable.

Comment identifier les migrants climatiques ?

« Chaque année, environ 26,4 millions de personnes quittent leur habitation à la suited’une catastrophe naturelle brutale » (France Culture)

Julien Bisson rédacteur en chef du 1 Hebdo ajoutait aussi en 2017 alors que l’année n’était pas encore arrivée à son terme, qu’elle battait « déjà tous les records en matière de migrations climatiques : plus de quarante millions de personnes ont été contraintes à se déplacer, quatre fois plus que les populations touchées par les conflits armés. » Cependant les spécificités que présentent les flux migratoires selon la région du monde sur laquelle ils s’opèrent rendent ce phénomène globalisé difficilement compréhensible.

Quand certaines migrations s’inscrivent dans la durée, d’autres ne prennent qu’uncaractère temporaire, et quand d’autres s’effectuent seulement à l’échelle du pays (migration interne), d’autres s’effectuent à l’échelle internationale. Reste que chacune de ces migrations n’est toujours due qu’à une même cause : le réchauffement du climat (qui se manifeste de différentes manières). Difficile est néanmoins la tache de qualifier celles et ceux qui pâtissent d’un tel bouleversement. Le Programme des Nations unies avait néanmoins tenté en 1985 d’inscrire sous le nom de réfugiée « toute personne forcée de quitter son habitation traditionnelle d’une façon temporaire ou permanente à cause d’unedégradation nette de son environnement qui bouleverse son cadre de vie et déséquilibre sérieusement sa qualité de vie» (L’Humanité)

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) indique que «l’impactmétéorologique de l’évolution du climat peut se traduire par deux facteurs migratoires distincts : les processus climatiques comme la hausse du niveau des mers, la salinisation des terres agricoles, la désertification et la rareté grandissante de l’eau, et les événements climatiques tels que les crues, les tempêtes et les inondations causées par la montée brutale du niveau des lacs glaciaires»

Dans un rapport publié en 2018, la Banque mondiale met en exergue l’émergence de trois zones bien spécifiques à savoir l’Afrique subsaharienne, l’Asie du Sud et l’Amérique latine où les dégâts inhérents au dérèglement climatique se feront le plus sentir dans les années à venir. Trois zones où seront clairement identifiables les phénomènes climatiques graduels autrement dit le stress hydrique, les mauvaises récoltes au même titre que l’élévation du niveau de la mer. (La Banque Mondiale)

Concernant ces trois régions qui concentrent à elles seules 55% de la population mondiale en voie de développement (Sciences et Avenir), le rapport argue de 86 millions de « réfugiés climatiques » potentiels en Afrique subsaharienne, 40 millions en Asie du Sud et 17 millions en Amérique latine concernés par les migrations internes dans l’espoir de trouver dans d’autres régions de leur propre pays des zones non concernées par la montée des eaux, moins exposées aux violentes tempêtes ou offrant une meilleure productivité agricole. À ceci s’ajoute un important flux d’émigration rurale au profit d’une immigration urbaine dans ces zones pour les années à venir concernant les populations les plus pauvres. Le dérèglement climatique poussera alors plus de 140 millions de personnes à l’exode les conduisant à quitter leur lieu de vie en quête d’un nouveau territoire moins exposé à l’impact du réchauffement d’ici à l’horizon 2050. (L’Express)

Quelles promesses pour enrayer le dérèglement du climat ?

À en croire la Directrice générale de la Banque mondiale Kristalina Georgieva, « Il est encore temps d’anticiper les conséquences du changement climatique avant qu’ellesne s’aggravent, mais bientôt il sera trop tard. Les mesures que les villes ;pour faire face àl’arrivée grandissante de migrants fuyant les zones rurales et faciliter leur accès aux études, à la formation professionnelle et à l’emploi seront payantes à long terme. Il est également important d’aider les gens à faire le bon choix entre rester là où ils vivent ou se déplacer là où ils seront moins exposés aux dérèglements du climat. ». (Banque mondiale)

Ainsi le rapport de l’institution qu’elle dirige semble plutôt clair : le scénario le plus catastrophique n’est pas inéluctable si bien que le flux de migrants climatiques pourrait être réduit de 80%, ce qui équivaut à plus de 100 millions de personnes « si la communauté internationale intensifie ses efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre et que les pays se dotent de plans de développement solides ». (La Banque Mondiale) & (National Geographic)

Un droit international lacunaire pour ces « oubliés » (L’Humanité)

L’absence de qualification propre à ceux qui sont contraints d’abandonner la vie qu’ils menaient jusqu’ici sur des zones devenues inhabitables ne fait aucun doute : tantôt « migrants » tantôt « réfugiés » ceux-ci sont laissés en marge du droit international, laissant la communauté mondiale dans l’inertie, face à une question dont les réponses cruciales nécessitent d’être données sans attendre, afin de faire naitre enfin des objectifs réels et des obligations liant les États en vue de l’enrayement d’un tel fléau.

François Gemenne auteur de Géopolitique du climat (2015) prenant le déplorable exemple du Bangladesh situé à la croisée des migrations accueillant à la fois la population réfugiée politique des Rohingyas ainsi que les populations délocalisées à cause des moussons dans les pays voisins, estime que « l’ordre mondial devrait intégrer la Terre comme un sujet de politique, et non plus comme un décor de politique » (France Culture). Une formule forte qui prend un sens particulier au regard de l’enjeu crucial voire vital que représente la migration climatique en tant que phénomène globalisé aujourd’hui.

Tout l’enjeu auquel doit désormais faire face la Communauté internationale et plus particulièrement le monde occidental, principal responsable du réchauffement actuel, réside dans la nécessité de contrecarrer l’auteur Jean-Francois Brient, (De La Servitude Moderne 2009) affirmant :

« Mon optimisme est basé sur la certitude que cette civilisation va s’effondrer. Mon pessimisme sur tout ce qu’elle fait pour nous entraîner dans sa chute. »

Lise Faliu

Crédit photo: https://bit.ly/2NGViHU