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Féminicides en Europe

Comprendre, confronter, concrétiser

Féminicides en Europe

Des manifestantes sur la place de la République  à Paris, le 6 juillet 2019. PHOTO / Elko Hirsch / APJ / Hans Lucas pour Courrier International.

En France le féminicide n’est pas reconnu juridiquement, pourtant elle a ratifiée la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique en 2014.

L’Union Européenne, pour sa part, n’a jamais ratifié cette convention. Dans un contexte où les violences conjugales et envers les femmes deviennent de plus en plus visible dans l’espace public, cet article a pour but de présenter la situation des féminicides en Europe et dans le Monde.

Les actes de féminicide sont plus que jamais présents dans les médias que ce soit en France ou partout ailleurs dans le monde. Suscitant de nombreuses réactions de l’opinion publique et plus particulièrement des femmes, les mesures prises pour réprimer ces actes sont grandement critiquées. Ce terme qui n’a émergé que récemment dans le langage courant ne touche pas uniquement les jeunes femmes. Les femmes âgées sont en effet également victimes des féminicides. 

Qu’est ce qu’un féminicide ?

Le terme de féminicide doit son origine à l’activiste féministe sud-africaine Diana Russel qui emploie ce terme dès 1976. Par la suite, celle-ci l’a popularisé par la suite avec Jill Radford à travers leur ouvrage Feminicide, The Politics of Woman Killing publié en 1992. Dans un article du 3 septembre 2019, le journal Le Monde définit le féminicide comme :

Le meurtre d’une femme ou d’une jeune fille, en raison du fait qu’elle soit une femme

Article publié le 2 février 2018 sur le Monde.fr « Qu’est ce que le féminicide », par Anne-Aël Durand.

Les différentes catégories de féminicide

Les institutions internationales ont à cœur de lutter contre ces actes de violence commis à l’égard des femmes en raison de leur genre. L’organisation mondiale de la santé en différencie plusieurs catégories.

 Il oppose tout d’abord les cas de féminicide dits « intime » à ceux qui ne le sont pas. Les premiers sont commis par le partenaire de la victime, voire ex-partenaire, tandis que les seconds caractérisent des cas où des femmes sont visées du fait de leur genre et non de leur lien avec l’auteur du crime. 

L’OMS qualifie les crimes dits « d’honneur » c’est-à-dire des meurtres commis sous le motif que la femme ait commis une infraction portant atteinte à la réputation de la famille. Ainsi, certaines femmes sont tuées du fait d’avoir commis un adultère qui, n’étant certes plus considéré comme un acte pénalement répréhensible en France, l’est dans certains pays. Récemment, « la Cour suprême indienne » a précisément arrêté d’incriminer une telle action. 

Enfin, c’est précisément dans ce pays où les cas de féminicide liés à la dot, dernière catégorie distinguée par l’OMS, sont les plus présents. Ces derniers sont commis sous le motif d’une dot trop faible fournie par la famille de l’épouse.

Quelles zones du globe sont touchées par ces actes

Chaque année, environ 80 000 femmes sont tuées sous les coups d’un acte de féminicide. Cette forme de violence est de plus en plus répandue dans le monde. Ainsi, le rapport Combating violence against women de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) révèle qu’en 2012 plus de 40 000 femmes sont mortes par un acte de féminicide intime. L’OMS dénombre quant à lui plus de 5000 crimes d’honneur annuel et entre 7 600 et 25 000 liés à la dot. Les zones du globe où les femmes sont le plus touchées sont notamment l’Afrique du Sud, la Russie ou encore le Salvador.

Cependant, l’Europe est également un foyer important de féminicide avec en tête notamment l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni.

Qui sont les victimes de féminicide ?

Si les femmes sont le plus touchées par ces actes, la part d’hommes subissant une telle agression est également notable. En forte baisse depuis 2012, où le nombre d’homicide a été divisé par plus de deux, les cas de féminicide en Europe perpétrés envers les hommes s’élevaient tout de même à 2500 en 2015

Le ministère de l’intérieur a réalisé en juillet dernier une étude relative aux morts violentes au sein du couple en France. Ce dernier dénote que la catégorie la plus touchée en France sont les femmes appartenant à la tranche d’âge des 40-49 ans. Toutefois, il relève aussi la part importante de personnes âgées victimes de féminicide avec 21% de femmes de plus de 70 ans tuées en 2018 sur les 149 dénombrées. Si les maris évoquent souvent pour justifier leur acte un état de sénilité de leur partenaire, ces dernières sont souvent exclues des statistiques. 

Les forces de l’ordre sont-elles effectives pour réprimer ces actes

Un problème récurrent à cet égard est le manque de réaction des forces de l’ordre. En ce sens, le monde révèle que sur les 120 femmes tuées en France en 2018, « un tiers avait déposé une plainte ou une main courante » lesquelles sont souvent négligées par les forces de l’ordre. 

En Décembre, la fille d’une victime de féminicide les avait appelés pour prévenir la violence de son père envers sa mère, laquelle est morte sous ses yeux, les forces de l’ordre n’arrivant qu’une demi-heure après. 

Dans quelle mesure les États interviennent-ils face à ces actes ?

Dès 1979 avec la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, les premiers instruments juridiques nternationaux pour réprimer les féminicides sont adoptés. La Convention de Belém do Para de 1994 est le premier texte avec une portée juridique contraignante adopté par nombre de pays d’Amérique du Sud lesquelles inscrivent dans leur code pénal « féminicide ». 

Certains pays d’Europe ont légiféré en ce sens tel que l’Italie en 2013 ou encore l’Espagne en 2004 qui renforce les sanctions contre les violences faites aux femmes. Le Conseil de l’Europe adopte quant à lui la Convention d’Istanbul sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique en 2011. Si 14 pays européens y ont déjà adhéré, l’Union Européenne pourrait également en faire partie sous peu comme le laissait sous-entendre un avis du Parlement européen de septembre 2017.

En France, le féminicide n’est pas juridiquement reconnu malgré l’appel fait au Parlement européen en 2014 par le rapport de la commission des droits des femmes de le qualifier au sein des États membres. Cependant, l’Assemblée Nationale a voté le 14 novembre dernier un texte pour inciter aux dons associatifs. 

Salomé ASSA


English translation :

Femicides in Europe

Demonstrators on the Place de la République in Paris on 6 July 2019. PHOTO / Elko Hirsch / APJ / Hans Lucas for Courrier International

In France femicide is not legally recognized, even if France has ratified the Istanbul Convention on preventing and combating violence against women and domestic violence in 2014.

The European Union, for its part, has never ratified this convention. In a context in which domestic violence and violence against women are becoming increasingly visible in the public space, this article aims to present the situation of femicides in Europe and in the World.

Acts of femicide are more than ever present in the media, whether in France or anywhere else in the world. The measures taken to repress these acts are widely criticized, provoking numerous reactions from public opinion, particularly from women. This term, which has only recently emerged in everyday language, does not only affect young women. Indeed, older women are also highly affected by these acts.

What is a Femicide ?

The term femicide owes its origin to the South African feminist activist Diana Russel, who has been using the term since 1976. She later popularized this term with Jill Radford with their book Feminicide, The Politics of Woman Killing, published in 1992.

In an article dated September 3, 2019, the newspaper Le Monde defines a femicide as:

« The murder of women or girls because they are women”. 

The different categories of femicide

International institutions are committed to combating these acts of gender-based violence against women. The World Health Organization distinguishes between several categories of gender-based violence.

First of all, it contrasts so-called « intimate » cases of femicide with those that are not. The former kind of them are committed by the victim’s partner, whether he is or has been a partner, while the latter are cases in which women are targeted because of their gender and not because of their relationship to the perpetrator. 

Secondly, this international organization qualifies so-called « honour killings« , which are murders committed on the grounds that the woman has committed an offence against the reputation of the family. Thus, some women are killed because they have committed adultery, which, although no longer considered a criminal offence in France, is still considered a criminal offence in some countries. Recently, the « Indian Supreme Court » recently stopped criminalizing such an action. 

Finally, it is precisely in this country that cases of femicide linked to dowry, the last category distinguished by the WHO, are most prevalent. These are committed on the grounds that the dowry is too low and is brought by the woman. 

Which areas of the world are affected by these acts ?

Every year, approximately 80,000 women are killed by an act of femicide. This form of violence is increasingly widespread throughout the world. For example, the report Combating violence against women of the Organization for Security and Cooperation in Europe (OSCE) reveals that in 2012 more than 40,000 women will have died from intimate femicide. The WHO counts more than 5,000 honour killings per year and between 7,600 and 25,000 dowry-related deaths. The areas of the world where women are most affected include South Africa, Russia and El Salvador.

However, Europe is also a major hotbed of femicide, with Germany, Italy and the United Kingdom in particular leading the way.

Who are the victims of femicide ?

While women are most affected by these acts, the proportion of men who suffer such aggression is also notable. Although the number of homicides has fallen sharply since 2012, when the number of homicides was more than halved, the number of cases of femicide in Europe perpetrated against men still stood at 2,500 in 2015

Last July, the Ministry of the Interior carried out a study on violent deaths within couples in France. It shows that the category most affected in France are women in the 40-49 age group. However, it also notes the high proportion of elderly victims of femicide, with 21% of the 149 women over 70 killed in 2018. While husbands often cite their partner’s senility as the reason for their act, the latter are often excluded from the statistics. 

Are law enforcement agencies effective in suppressing these acts ?

A recurring problem with acts of femicide is the lack of response from law enforcement agencies. In this sense, the world reveals that out of the 120 women killed in France in 2018, « one third had filed a complaint or a handrail » which are often neglected by the police. 

In December, the daughter of a victim of feminicide had called them to prevent her father’s violence against her mother, who died before her eyes, with the police arriving only half an hour later. 

To what extent do States intervene in response to such acts ? 

As early as 1979, with the Convention on the Elimination of All Forms of Discrimination against Women, the first legal instruments to punish femicides were adopted. The 1994 Convention of Belém do Para is the first text with a binding legal scope adopted by a number of South American countries which include femicide in their criminal codes.

Some European countries have legislated in this direction, such as Italy in 2013 and Spain in 2004, which reinforces sanctions against violence against women. For its part, the Council of Europe is adopting the Istanbul Convention on Preventing and Combating Violence against Women and Domestic Violence in 2011. While 14 European countries have already acceded to the Convention, the European Union could also soon become a party to it, as implied in a European Parliament opinion of September 2017.

In France, femicide is not legally recognised despite the appeal made to the European Parliament in 2014 by the report of the Committee on Women’s Rights to qualify it within the Member States. However, the National Assembly voted on November 14 a text to encourage associative donations

Salomé ASSA

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