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Irlande du Nord : Plus de 600 jours sans exécutif

Irlande du Nord : Plus de 600 jours sans exécutif

Courrier International annonçait le 29 août un record de l’Irlande du Nord qui dépasse, avec 590 jours sans exécutif, la Belgique (589 jours). Alors que le présage d’un retour de la frontière en Irlande figure parmi les points chauds des négociations sur le Brexit, le Palais de Stormont, siège de l’assemblée nord-irlandaise, est paralysé depuis presque 20 mois par des conflits d’ordre politique.

L’assemblée nord-irlandaise profite de certains pouvoirs dévolus depuis les accords du vendredi saint en 1998, qui ont mis fin à trois décennies de conflits en Irlande. Par définition, l’accord de dévolution stipule qu’une partie des pouvoirs incombant normalement à l’autorité britannique revient à l’Irlande du Nord : santé, éducation, agriculture ou encore transport sont, entre autres, les domaines sur lesquels la région agit.

Jusqu’à janvier 2017, l’exécutif nord-irlandais fonctionnait grâce à une coalition entre les deux grands partis : le Democratic Unionist Party (DUP), unionistes protestants anti-UE favorables au Royaume-Uni, et le Sinn Féin, parti nationaliste, ancienne vitrine politique de l’IRA militants pour la réunification de l’Irlande, et favorable à l’UE. Mais à la suite d’un scandale de subventions en faveur des énergies renouvelables (Renewable Heat Incentive) mises en place par la leader du DUP Arlene Foster, feu Martin McGuinness du Sinn Féin a présenté sa démission, entraînant la chute de l’exécutif.

Conflits politiques, conséquences économiques

Aucun compromis n’a pu être trouvé entre le DUP de Mme Foster et le Sinn Féin de Michelle O’Neill pour permettre aux fonctionnaires nord-irlandais de reprendre pleinement leurs activités et leurs capacités à décider. A titre d’exemple, une récente législation de la cour d’appel de Belfast a rendu un arrêt empêchant potentiellement les fonctionnaires de prendre des décisions importantes seuls : autorisé en 2017 par le Department for Infrastructure civil servant, le projet de construction d’un incinérateur de déchets de 240 millions de livres s’est vu déclaré illégal par la Cour. Aussi, de nombreux projets de grande envergure tels que l’amélioration de l’A5 entre Aughnacloy et Londonderry restent au point mort. Le rédacteur politique de la BBC pour l’Irlande du Nord Mark Devenport estime que tous ces projets réunis vaudraient entre 1 et 2 milliards de livres.

Faute n’est pas d’avoir essayé au plus haut niveau : la secrétaire d’Etat à l’Irlande du Nord Amber Rudd et le ministre des affaires étrangères irlandais Simon Coveney, puis la première ministre britannique Theresa May et son homologue irlandais Leo Varadkar se sont rendus à Stormont pour trouver un consensus début février 2018, alors que l’atmosphère générale était à l’optimisme. En vain. Avec le mariage homosexuel ou certaines issues juridiques liées aux troubles, il semble que la question de la langue gaélique soit devenue la pomme de discorde d’une région qui affirme haut et fort son attachement à la culture britannique. Le Sinn Féin souhaite donner un statut légal et unique à la langue gaélique équivalent à celui de la langue anglaise, ce qui fait l’objet d’un refus catégorique de la part du DUP.

La rentrée politique n’invite pas à l’optimisme

Alors que des membres de la société civile, de plus en plus nombreux, commencent à sonner l’alarme avec la campagne We Deserve Better et que de part et d’autre du pays sont réclamées des avancées réelles, le gouvernement britannique a décidé de débuter la rentrée politique par une réduction de 30% du salaire annuel (49 500 livres) des législateurs nord irlandais. Avancée, certes, mais insuffisante pour certains, notamment le Labour (parti travailliste) nord irlandais qui accueille bien cette coupe dans les salaires tout en soulignant que ce n’est pas “le pas de géant” nécessaire.

L’hypothèse d’un retour du contrôle britannique n’est voulue par personne et il semble que le gouvernement britannique représenté par Mme Rudd fasse son possible pour l’éviter (au même titre que de nouvelles élections). La situation est d’autant plus complexe que le DUP a noué une alliance avec les Tories (Parti Conservateur britannique) à la suite de l’échec retentissant des élections anticipées en juin 2017. En pleine période de Brexit où la position de Theresa May est fragilisée de part et d’autre de l’échiquier politique, le soutien (10 sièges) du DUP en échange d’1 milliard de pounds supplémentaire, est nécessaire pour le maintien du parti conservateur.

Selon Mark Devenport, il y a “une montagne à gravir” pour les deux partis, et le mois d’octobre sera particulièrement chargé : conférence intergouvernementale entre irlandais et britanniques, réponses d’Arlene Foster dans l’enquête pour les RHI, sommet sur le Brexit à Bruxelles et les élections présidentielles en Irlande.

Hugo Cordier