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Revue de Presse du 20/05 au 26/05

Revue de Presse du 20/05 au 26/05

Affaires Intérieures / L’Ibizagate : coup de théâtre pré-électoral en Autriche

Au soir du vendredi 17 mai, les journaux allemands Süddeutsche Zeitung(lien), et Der Spiegel(lien) dévoilaient une vidéo tournée clandestinement en 2017 à Ibiza (YouTube), impliquant le président du FPÖ, « parti de la liberté d’Autriche ».

Hein-Christian Strache y est vu proposer à une prétendue nièce d’un oligarque russe de financer le FPÖpar le rachat de marchés publics et l’acquisition d’un grand média autrichien le Kronen Zeitung. Selon The Conversation, le but de cette opération était clair : « propulser Strache au pouvoir » (the conversation). En effet, en dépit de ses penchants xénophobes, néo-nazis et son implication au sein des Jeunesses Wiking (LaDépêche), l’homme politique avait accédé il y a dix-huit mois au titre de Vice-Chancelier dans la coalition gouvernementale OVP/ FPÖ, menée par Sebastian Kurz. Nonobstant, au lendemain de la diffusion de l’Ibizagate, le Chancelier Kurz constatait qu’« il était (lui) impossible de rester au pouvoir » et annonçait tant la dissolution de la coalition que la tenue d’élection anticipées (Franceinfo). Samedi soir, Strache annonçait de même sa démission, alors même que 12 partis d’extrême droite s’étaient donné rendez-vous à Milan (Libération).

En plus de constituer une disgrâce pour les nationalistes autrichiens, cette affaire tend à affecter l’ensemble des rangs d’extrême droite à quelques jours des législatives européennes. La présidente de la CDU Annegret Kramp-Karrenbauer, a tout de suite rappelé son appui au chancelier sortant. De l’autre côté des Vosges, Marine Le Pen dénonçait une diffusion « tactique » à quelques jours du scrutin européen. Le Pen et Salvini, alliés de Kurz, s’efforçaient en effet depuis des mois à tisser leurs alliances auprès des partis d’extrême droite de l’Est de l’Europe traditionnellement méfiants vis à vis-à-vis des manœuvres du Kremlin (l’Opinion).

Selon le journal croate Jutarnji list, le « meilleur enseignement que l’on puisse tirer de ce scandale est l’échec essuyé par le chancelier autrichien Kurz, qui pensait dompter l’extrême droite en l’associant au gouvernement (…) les extrémistes ne sont pas le plus grand danger pour l’UE. Ils deviennent pernicieux dès lors que les partis traditionnels embrassent leurs arguments et commencent à travailler avec eux ».

Le quotidien danois Kristeligt Dagbladinsistait de même sur le naufrage tant du FPÖque de l’idée d’Orbán d’étendre le modèle de coalition autrichienne au reste de l’Europe: « De cet épisode, on retiendra un enseignement : il faut une participation élevée – afin de renforcer les institutions démocratiques européennes -, une presse libre et un Etat de droit valable pour tous » (Eurotopics)

Credit photos : @JDD

Politique / Royaume-Uni : fin de l’épopée pour Theresa May

Ce vendredi 24 mai au matin, la première ministre britannique en poste depuis juillet 2016 a annoncé qu’elle démissionnerait de son poste de chef du Parti conservateur, et ce faisant de celui de Première ministre, vendredi 7 juin prochain.

La première ministre démissionne donc après presque trois années passées à maintenir à flot le Royaume Uni dans la tornade du Brexit, malgré bien des tempêtes à commencer par la perte de sa majorité absolue au Parlement le 8 juin 2017, alors qu’elle avait elle-même convoquée ces élections législatives anticipées. Un coup politique manqué l’affaiblissant à l’ouverture des négociations avec l’Union européenne. Un affaiblissement du côté des députés mais également côté ministres, dont ceux chargés du Brexit qui démissionnèrent à deux reprises, faisant ainsi entendre leur mécontentement envers l’accord trouvé par May et l’UE après plus d’un an et demie de négociations. S’en suit encore plusieurs rejets du « deal » toujours âprement défendu par la première ministre au cours de l’année 2019.

«J’ai négocié les termes de notre départ [de l’UE]. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour convaincre les députés de soutenir cet accord. Malheureusement, je n’ai pas pu y parvenir. Il m’apparaît à présent clairement qu’il va de l’intérêt du pays qu’un nouveau premier ministre conduise cette tâche» (…) « Je vais bientôt quitter la fonction qui a été l’honneur de ma vie de servir. La deuxième femme première ministre, mais certainement pas la dernière » déclarait Theresa May (Le Monde)

crédits photo: Pixabay

Environnement / Le recours “People’s Climate Case” jugé irrecevable par la CJUE

Le 24 mai 2018, onze familles avaient décidés d’attaquer en justice l’Union Européenne contre sa politique climatique laxiste (un objectif de réduction de 40% des gaz à effet de serre pour 2030, ceci allant donc à l’encontre de certains droits fondamentaux (Journal de l’environnement), tels que le droit à la vie, l’intégrité physique, de travailler et d’exercer une profession librement choisie ou acceptée.

Cette première assignation climatique a cependant été jugée irrecevable par la Cour de Justice Européenne, dans une ordonnance du 8 mai 2019 (Curia). Comme le souligne le média Euractiv, l’intérêt à agir des plaignants n’a pas été reconnu par la Cour de justice (former un recours contre un acte qui concerne directement), dans la mesure où ces “Les requérants n’ont pas établi que les dispositions portaient atteinte à leurs droits fondamentaux et étaient de nature à les individualiser, par rapport à tout autre personne physique ou morale concernée par ces dispositions”. Selon certaines ONG, cette décision reflète la difficulté des citoyennes à accéder aux tribunaux européen, comme l’illustre l’épinglage de l’UE par le comité d’application de la convention d’Aarhus en 2017.

Crédits photo: https://burst.shopify.com/photos/judge-hammers-gavel?q=Court+of+justice

Politique étrangère / Début de présidence sous tension en Ukraine

Investi comme président de l’Ukraine le 20 mai dernier, (Le Monde) Volodymyr Zelensky a déclaré « s’engager par tous [ses] actes à défendre la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine, prendre soin du bien-être de la Patrie et de celui du peuple ukrainien, défendre les droits et libertés des citoyens». (Europe1)

Cependant, élu sur la promesse de mettre fin à la corruption dans le pays et de « casser le système», le président récemment investi a annoncé dès lundi la dissolution du Parlement Ukrainien et la convocation d’élections anticipées dans les deux mois. (Le Monde) Cette déclaration a déjà engendré le départ précipité du premier ministre Volodymyr Hroïsman (Ukrinform). En conséquence, selon l’article 115 de la constitution Ukrainienne, la démission du Premier ministre va entraîner la démission de l’ensemble du Conseil des ministres. Le nouveau président est également vivement critiqué pour ses choix de politiques étrangères, notamment car le chef de l’administration présidentielle – Andriy Bogdan – a déclaré mardi « envisager de formaliser certains accords» avec la Russie et « de les soumettre à un référendum» (Ukrinform). La possibilité même de la tenue de ce référendum a provoqué une forte opposition des Ukrainiens qui y voient un scénario de reddition dans la guerre contre des séparatistes prorusses qui a fait près de 13 000 morts en cinq ans. (Le Monde)

Finalement, la presse européenne est globalement pessimiste quant à la capacité de Zelensky à respecter ses promesses de campagne car celui-ci est déjà « un peu sous le choc» seulement après trois jours de présidence. Selon le frankfurter allgemeine zeitung, entre la nomination par le président d’un personnel politique soit sans expérience de la politique soit doté d’une expérience de l’ancien régime et la dissolution du Parlement, « ces premiers jours de mandat ne présagent rien de bon ».

crédits photo : Genya Savilov – AFP